La Terre tourne rond

Publié le par sylvain-post

CQFD !

 

Les 27 et 28 avril 1985, plus de 23 000 personnes affluèrent sur le chantier de la centrale nucléaire de Cattenom. Pour l'expérience du Pendule de Foucault, la preuve de visu que la Terre tourne. Une expérience retenue par le "livre des records".

 

  Pendule de Foucault

 

 
Une bonne part du triomphe de l’expérimentation du plus grand Pendule de Foucault du monde, à Cattenom : 350 kilos, 160 mètres… rejaillit sur la section Lorraine-Nord des Amis des sciences de la Terre, section devenue entre temps l’association GEOLOR, de Thionville. Celle-ci avait uni ses efforts à ceux du CCSTI (Centre culturel scientifique, technique et industriel de Thionville) dont elle faisait partie, et à ceux de l’ENIM (Ecole nationale d’ingénieurs de Metz), avec l’appui du « RÉPUBLICAIN LORRAIN ».


Efforts couronnés de succès. Et quel succès ! Plus de 23 000 Lorrains, Luxembourgeois, Allemands (chiffres non truqués) constatèrent à Cattenom que la Terre tourne rond. C’est établi, le plus grand Pendule de Foucault du monde est mosellan. Jusque-là, le plus long (on ne dit pas « le plus haut ») avec ses 101,50 mètres, était celui de la cathédrale Saint-Isaac, à Saint-Pétersbourg.


Reprenant l’expérience célèbre réalisée par le physicien Léon FOUCAULT au Panthéon, en 1852, avec un pendule de 67 mètres de long et une masse de 28 kilos pour démontrer la rotation de la Terre, la Lorraine fit plus fort.


EDF prêta un décor gigantesque : une des tours de réfrigération de la centrale nucléaire de Cattenom qui culmine à 165 mètres et dont la surface au sol correspond au Parc des Princes. Le pendule avait été fixé à un ensemble de câbles transversaux au moyen d’une rotule sur coussin d’air, à frottement presque nul, dessinée par l’ENIM et usinée en commande numérique par la Société de Mécanique Loàrraine, à Hagondange.

 

La masse suspendue de 350 kilos et de 45 centimètres de diamètre, en bronze d’aluminum avait été offerte par les « Bronzes d’industrie », d’Amnéville.     Quant au fil, c’était une fibre de carbone livrée gracieusement par les Etablissements Cousin Frères, de Wervicq (Nord).

 

Le principe ? Selon les lois de la physique, le pendule balance dans un plan d'oscillation fixe appartenant à l'univers. Or, un observateur placé devant le pendule le voit effectuer un tour complet en vingt-quatre heures. Si l'on admet que le plan d'oscillation est fixe, il faut donc considérer que c'est l'observateur - et donc la Terre - qui tournent. CQFD.


L’événement fut largement relaté par la presse française et étrangère. "LE RÉPUBLICAIN LORRAIN", partie prenante dans l'opération, démontra sa capacité de mobilisation et la confiance que lui accordent ses lecteurs. L'ENIM, durant les mois qui suivirent l'expérience, fut occupée au dépouillement des relevés chiffrés constitués au moyen d'un théodolite électronique Wild-Leitz, et leur traduction graphique sur une table traçante Benson. Du grain à moudre pour les élèves ingénieurs qui parvinrent à mettre en évidence l'effet des forces de Coriolis sur le pendule.

 

Le CCSTI gagna son pari. Il crééa un énorme consensus autour de la culture scientifique et technique, parente pauvre de la culture générale. Dix-neuf membres de la section de Thionville  des Amis des sciences de la Terre (GEOLOR aujourd’hui) endossèrent pour la première fois le rôle de médiateurs culturels après être passés, pour un "briefing", sur les bancs de l’Ecole nationale d’ingénieurs de Metz. Une alliance entre néophytes et spécialistes.


Mais la plus belle réussite est celle que le public s'offrit à lui-même. Dans un bel élan, il s'arracha de l'écran télé pour s'intéresser à la science !  À moins qu'il ne se rendît à Cattenom... pour voir Cattenom.

 

Sylvain Post  journaliste honoraire & auteur 


Dessin original de Joël Lorique ©

 

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